Sais-tu pourquoi je saute ?


Un témoignage vu de l’intérieur

Ce témoignage est passionnant. En effet il nous permet, le temps de sa lecture, de nous mettre à la place d’un enfant atteint d’autisme, et de comprendre un tant soit peu son fonctionnement. L’auteur était âgé de 13 ans au moment de l’écriture, mais parait bien plus mature. Cela est peut-être dû à sa culture japonaise, et son côté très organisé et méthodique.

Sous forme de 58 questions-réponses, il explique ses comportements les plus étranges et inadaptés. Voici quelques-unes des interrogations :

  • Pourquoi les autistes parlent-ils si fort et si bizarrement ?
  • Pourquoi répètes-tu les questions qu’on te pose au lieu d’y répondre ?
  • Aimerais-tu être « normal » ?
  • Pourquoi fuis-tu le contact visuel quand tu parles à quelqu’un ?
  • Pourquoi sautes-tu ?
  • As-tu la notion du temps ?
  • Pourquoi mémorises-tu les horaires de train et les calendriers ?

Il répond de manière aussi claire et concise que possible, et ses explications, parfois surprenantes, sont aussi parfois très simples. Elles montrent sans contexte qu’une personne autiste n’est pas insensible, quoi qu’en montrent les apparences.

Une question qui m’a marquée

Quand tu fais au revoir de la main, pourquoi gardes-tu la paume tournée vers toi ?

Quand j’étais petit et qu’on me disait « Dis au revoir ! », je faisais le geste « au revoir » la paume tournée vers moi, et ça m’est resté. Même les exercices de gym et de danse les plus simples, je n’y arrivais absolument pas. Un autiste a toujours beaucoup de mal à imiter un mouvement parce qu’il connait mal son corps. La première étape, pour le reproduire correctement, c’est de bouger les parties de son corps qu’il peut suivre des yeux.

Je n’ai jamais compris pourquoi les gens me disaient que je faisais au revoir à l’envers, jusqu’au jour où je me suis vu dans un miroir en pied. C’est là que j’ai compris : je me disais au revoir à moi-même.

En bref

Cet ouvrage est très utile pour comprendre ce que peut vivre une personne autiste ; on est obligés d’être empathique devant ce témoignage. C’est ce que montre la préface, écrite par David Mitchell, lui-même père d’un enfant autiste. Il explique dans un discours assez émouvant comment la lecture de ce livre en anglais lui avait permis de comprendre son fils, et d’entrer plus en communication avec lui. Il a, par la suite, suivi la traduction de l’ouvrage en français, afin que cela aide d’autres parents désemparés. 

Par ailleurs, le jeune auteur explique vouloir devenir écrivain lorsqu’il sera grand. Cerise sur le gâteau, il glisse une petite nouvelle à la fin du livre, « Je suis juste ici ». Délicate et émouvante, elle montre avec brio les émotions de l’auteur, et qu’il est possible de communiquer d’humain à humain malgré une pathologie aussi difficile que l’autisme avec le bon moyen de communication.

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