Demain, j’étais folle, de Arnhild Lauveng

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Le parcours d’une schizophrène

Sous-titré « Un voyage dans la schizophrénie », ce témoignage sensible et plein d’espoir est une opportunité d’en savoir plus sur ce trouble, et comment il peut être vécu. Nous apprenons assez tôt que l’autrice norvégienne en a guéri alors que cette maladie, qui concerne 1% de la population adulte soit 600 000 personnes en France, est réputée inguérissable. Elle officie maintenant en tant que psychologue, son rêve lorsqu’elle était malade. Elle est également conférencière et a reçu de nombreux prix, dont le prix « pour la promotion de la liberté d’expression en matière de santé mentale » en 2004. De plus, elle a écrit plus d’une dizaine de livres, dont les deux premiers sur son parcours dans la maladie.

Dans Demain, j’étais folle, les passages décrivant ses nombreuses hospitalisations et ses symptômes sont parfois difficiles sans jamais tomber dans le drama. Je pense notamment à plusieurs anecdotes avec des policiers ou des personnels de santé carrément maltraitants, qui donnent un furieux sentiment d’injustice et de révolte. Mais cet aspect négatif, qui peut vraiment faire perdre espoir en le système, est contrebalancé par de nombreux passages qui montrent qu’il y a aussi eu des personnes bienveillantes et faisant tout ce qu’elles pouvaient pour l’autrice.

L’écriture et les figures de style

Niveau écriture, cela se lit très bien. Il y a des passages plus cryptiques, presque poétiques, qui illustrent une partie du parcours de l’autrice.

Elle utilise de nombreuses images, comme les médicaments qui sont comparés à des bâtons ; un bon bâton peut être un soutien en étant transformé en béquille, mais peut aussi enfermer en devenant une barrière.

D’autres fois, elle part d’une histoire populaire pour faire des comparaisons et illustrer son propos. Par exemple, il y a un chapitre où elle reprends différents personnages d’un conte norvégien où le protagoniste, Askeladden, construit un bateau qui navigue aussi bien sur la mer, la terre et les airs. Pour cela, il est aidé par plusieurs compagnons ayant chacun leur particularité et leur force.

Elle compare ensuite chacun de ces personnages avec une ou plusieurs personnes ayant croisé sa route au cours de sa maladie, médecin ou autre. Il y a par exemple ce compagnon voyant jusqu’au bout du monde, mis en parallèle à cette conseillère qui l’a écouté quand l’autrice a dit qu’elle voulait devenir psychologue. Elle l’a écouté et a fait de son mieux pour faire un plan d’actions, sans s’arrêter à la maladie qui était pourtant une réalité bien tangible à l’époque.

Elle [la personne responsable de mon dossier] […] rencontra une patiente lourdement droguée qui, en dépit des médicaments, s’automutilait toujours et souffrait d’hallucinations, qui ne sortait jamais seule, ne pouvait pas vivre seule, avait interrompu ses études avant le lycée, n’était pas capable de fabriquer des bouchons d’oreille et ne suivait pas à l’atelier ; une patiente qui entendait chaque jour des voix et déclarait vouloir devenir psychologue.

Ou encore sa mère, qui lui a dit un jour qu’elle pourrait mettre un dessin particulièrement réussi, réalisé en activité à l’hôpital, au-dessus de son canapé dans son salon. Alors qu’elle n’avait ni appartement, ni salon, ni canapé à ce moment-là de sa vie, tombant d’hospitalisation en hospitalisation.

Un témoignage porteur d’espoir

Plusieurs thèmes majeurs sont abordés : les hospitalisations, les médicaments, le personnel soignant, le soutien familial, la difficulté du retour au monde lors de sa guérison. Mais plus que tout cela, ce qui ressort vraiment de cette lecture c’est que la personne atteinte de schizophrénie est avant tout une personne et pas seulement un patient. Avec ses rêves, ses centres d’intérêts, sa personnalité.

Le fait que l’autrice ait guéri de sa schizophrénie est un véritable espoir, et peut nous faire revoir ce que nous pensons à ce propos, et à propos des autres troubles mentaux qui sont catalogués « définitifs ».

J’ai fait plusieurs fois référence à des études qui montrent qu’environ un tiers des patients atteints de schizophrénie guérissent, un tiers vivent assez bien avec leurs symptômes et un tiers en souffriront toute leur vie. Malgré tout, la schizophrénie est une boîte dont il est impossible de sortir. Ou impossible d’entrer. Ou bien vous y êtes pour toujours, ou bien vous n’y avez jamais été. Et ça m’agace, parce que c’est faux. Ça maintient les gens emprisonnés dans une conception de leur vie qui peut leur faire du mal. Vivre, c’est évoluer. Le philosophe Héraclite a dit que vous ne pouvez pas vous baigner deux fois dans la même rivière car la seconde fois, vous et la rivière êtes différents. Il doit être permis d’évoluer, de se développer, de guérir. Ce travail est déjà assez compliqué sans que les services de santé en rajoutent en prétendant que c’est impossible.

Pour aller plus loin

Si j’ai lu ce livre, c’est parce qu’il avait été conseillé sur Twitter par la femme derrière le blog https://blogschizo.wordpress.com/ qui est une mine d’information sur le sujet. On y retrouve de nombreuses réflexions et retours de lecture sur la schizophrénie.

Sources :
https://www.inserm.fr/
https://www.babelio.com/auteur/Arnhild-Lauveng/296149
https://schizonet.ru/forum/viewtopic.php?f=26&t=11875#p536626(interview)

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